Le développement de la filière

L’éolien et l’armée

Une coexistence délicate

La France dispose d’un réseau de radars exploités par l’Armée de l’air pour surveiller l’espace aérien, guider les aéronefs militaires, détecter d’éventuelles intrusions et assurer la défense du territoire. Ces équipements fonctionnent en émettant des ondes qui se réfléchissent sur les objets en vol avant de revenir vers l’antenne.

Les éoliennes, du fait de leur hauteur et du mouvement de leurs pales, peuvent émettre différents échos qui vont interférer avec les signaux émis par les radars de l’armée.

Un Fennec de l’escadron d’helicopteres « Parisis » survole un champ d’eoliennes dans la province d’Albacete en Espagne. © Sébastien LAFARGUE / armée de l’Air et de l’Espace

Au-delà des interférences de signal, les éoliennes peuvent également compliquer l’entraînement aux vols tactiques à basse altitude. Au cours de ces manœuvres, les pilotes militaires volent très près du sol, parfois à quelques dizaines ou centaines de mètres, afin de reproduire des conditions de mission réelles. Or, les éoliennes sont des structures assez hautes, pouvant atteindre plus de 200 mètres en bout de pale, ce qui peut constituer un obstacle dangereux pour un pilote qui s’entraîne à basse altitude. Lorsque les parcs se multiplient dans une région, ils peuvent fragmenter les couloirs de vol utilisés par les forces armées. L’armée peut ainsi demander des adaptations ou s’opposer à des projets situés dans des secteurs jugés stratégiques pour l’entraînement.

Enfin, il faut aussi prendre en compte les zones d’entraînement des hélicoptères de combat et les périmètres de protection autour des bases aériennes, qui sont autant de surfaces soustraites au développement de projets éoliens. La filière éolienne avance ainsi que près des trois quarts du territoire se trouvent sous contraintes militaires, et que le sujet des radars en particulier fait partie des premiers verrous de développement de nouveaux parcs éoliens.

Quelles sont les règles en France ?

En France, l’implantation d’un parc éolien à proximité d’une zone militaire est encadrée par des règles strictes. Un décret et son arrêté d’application publiés le 6 août 2025 prévoient qu’aucune éolienne ne peut être installée à une distance inférieure ou égale à 5 kilomètres d’un radar. Au-delà de cette zone d’exclusion totale, un projet peut être envisagé, mais sous certaines conditions. Tout d’abord, les éoliennes ne doivent notamment pas se trouver en situation d’intervisibilité électromagnétique simple avec un  radar, c’est-à-dire vu par un seul radar dans son champ direct, sans obstacle naturel entre les deux (relief, colline, bâtiment massif). Si tel est le cas, le projet est refusé. Si le parc se trouve au contraire en situation d’intervisibilité multiple, vu par plusieurs radars, il peut obtenir un avis favorable de l’armée.

Vol photo des deux Mirage 2000 au-dessus de La Reunion © Jean-Luc BRUNET / armée de l’Air et l’Espace

Entre 5 et 70 kilomètres, la hauteur des éoliennes doit être inférieure ou égale à 200 mètres en bout de pale. Dans cette zone, l’armée rend un avis au cas par cas. Au-delà de 70 kilomètres, l’avis de l’armée reste nécessaire si la hauteur dépasse 200 mètres. 

En cas de repowering d’un parc éolien ancien, le décret du 6 août 2025 dispose que le nouveau parc ne doit pas augmenter la gêne pour les radars par rapport au parc initial, ce qui revient à imposer un renouvellement à l’identique. Or, la logique du repowering veut que les anciennes éoliennes puissent être remplacées par des machines plus performantes et modernes, donc de plus hautes afin de produire davantage d’énergie à un meilleur coût. Cette règle, si elle est maintenue, risque par conséquent de fortement réduire le potentiel du repowering et de fortement compliquer la tâche des développeurs car les éoliennes de puissance et de taille moindres ont pratiquement disparu des catalogues des fournisseurs.

La filière et l’armée dialoguent

Les développeurs de projets éoliens et l’armée discutent pour trouver des solutions techniques. L’une des pistes étudiées porte sur les radars de compensation, déjà identifiée par la loi d’accélération des énergies renouvelables de mars 2023. L’idée est d’installer des radars supplémentaires sur le territoire, ce qui permettrait d’observer les parcs sous plusieurs angles et de réduire les zones d’ombre. Les échanges, qui durent depuis plusieurs années, concernent le nombre de radars de compensation à installer, leur emplacement et leur financement. La troisième programmation pluriannuelle de l’énergie, publiée en février 2026, évoque explicitement le développement des radars de compensation, parmi les actions prévues pour poursuivre le déploiement de l’éolien terrestre. 

LEXIQUE

Les différents échos associés aux éoliennes sont des phénomènes acoustiques qui peuvent se traduire par un signal constant, un écho fixe produit par le mât, ou récurrent, les échos mobiles produits par les pales. Ces signaux vont être perçus par des systèmes de détection comme les radars militaires ou civils (notamment ceux de Météo-France) qui peuvent parfois se méprendre sur leur signification. Ainsi, la rotation des éoliennes peut simuler un objet en mouvement qui sera interprété par un radar comme pouvant être un avion en vol ou une zone de pluie se déplaçant.